SAL Hors-série 05

Lectures critiques de deux  œuvres. César Vallejo et Elena Poniatowska

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Journée d’Etude du 3 décembre 2016

Université Paris-Sorbonne et Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Sous la direction de Eduardo Ramos-Izquierdo et Caroline Lepage

Présentation

Le volume qui suit réunit des études critiques consacrées à l’œuvre poétique de César Vallejo et au roman Hasta no verte Jesús mío d’Elena Poniatowska. Il me semble que ce montage critique pour le moins singulier — dû à la finalité pédagogique de construire un texte critique sur les sujets de l’agrégation — mérite néanmoins quelques brefs commentaires selon l’opposition chère à Alfonso Reyes de sympathies et différences.

Cesar Vallejo (1892-1938) est un poète né au Pérou et mort à Paris ; Elena Poniatowska, née à Paris en 1932, est une romancière qui vit actuellement au Mexique. Si Vallejo est mort avant ses cinquante ans, Poniatowska est une octogénaire en pleine production ; si Vallejo n’a publié que deux livres de poèmes et quelques volumes en prose ; l’œuvre d’Elena Poniatowska compte une quinzaine d’œuvres en prose ; si la création littéraire de la romancière a été reconnue et récompensée par des prix littéraires de premier ordre ; l’œuvre de Vallejo a beaucoup tardé à être distinguée comme appartenant à l’un des plus grands poètes du XXème siècle; si pour Vallejo, Paris est la ville des dernières années, pour Poniatowska, elle est la ville de son enfance ; si le français pour Poniatowska a été sa langue maternelle, Vallejo a dû faire des efforts pour l’apprendre. Oui, pour les deux auteurs, l’espagnol est exclusivement la langue d’écriture. Et n’oublions que Vallejo a exercé le journalisme, activité professionnelle de Poniatowska tout au long de sa vie ; et que les deux auteurs ont un engagement idéologique de gauche.

En effet l’œuvre de ces deux écrivains illustre à la perfection le concept d’écritures plurielles, axe principal de réflexion du Séminaire Amérique Latine. Si cette œuvre montre la richesse et la diversité de la création littéraire latino-américaine contemporaine, elle permet également l’expression de la liberté et de la pluralité de la pensée dans les textes critiques qui suivent.

Ce volume reproduit les communications présentées lors de la Journée d’Etudes sur l’œuvre du poète péruvien et de la romancière mexicaine organisée par Caroline Lepage et moi-même à l’Université Paris-Sorbonne le 3 décembre 2016.

Si le premier objectif de cette journée était de nature pédagogique afin de contribuer à la préparation des étudiants d’Agrégation sur les deux œuvres au programme, les communications des collègues enseignants-chercheurs chevronnés, spécialistes chargés de cet enseignements dans leurs universités respectives, grâce à des points de vue pertinents et pluriels, constituent un apport pour la recherche scientifique

Après chaque communication de la journée, ma collègue et moi avons tenu à établir le dialogue entre les intervenants et le public afin de mieux pouvoir analyser et expliciter certains aspects évoqués, voire parfois permettre d’autre lectures critiques et polémiques qui ont pu susciter d’autres interprétations.

Ainsi, nous publions ce volume double, dont la première partie, dédiée à la poésie de César Vallejo, comprend trois articles.

Le premier texte de Béatrice Ménard présente, à partir de la pensée de Heidegger, une analyse de l’angoisse métaphysique et de la crise spirituelle, de la représentation du manque causé par la mort du proche, et du sentiment tragique de l’existence qui mène à identifier la vie à la mort dans la poésie de Vallejo. L’article de Sandra Gondouin, à son tour, étudie l’évolution des figures féminines dans l’œuvre poétique du péruvien qui va des archétypes de la poésie moderniste (femme fatale ou angélique) à ses propres images des corps sans visage de Trilce et aux allégories des « Poèmes de Paris » en montrant une dichotomie patriarcale et une tension entre plaisir et culpabilité. Pour conclure cette partie, l’article de Fabrice Parisot propose, à travers l’analyse des poèmes « Idilio muerto » et « Mayo » extraits de la section « Nostalgias imperiales » de Los heraldos negros, une étude du métissage culturel qui émane de ces deux compositions à travers le jeu d’opposition et de complémentarité qui se fait jour entre monde classique et monde andin.

Pour ce qui est de la partie consacrée au roman d’Elena Poniatowska, nous présentons également trois articles. Le premier texte d’Isabelle Bleton analyse comment Jesusa, la protagoniste dans Hasta no verte Jesús mío, accomplit un travail de mémoire. A travers la mise en récit d’un regard sur le passé, et malgré sa réticence, elle est porteuse d’un certain devoir de mémoire et d’un discours de révision critique du passé. Un deuxième article, celui de Caroline Lepage, propose une lecture critique originale du roman selon le regard actuel porté par notre société sur les questions ethniques et sexuelles, pour examiner la manière dont le politiquement incorrect, qu’elle signale dans le récit, peut alimenter le débat. Pour compléter cette partie du volume, l’article de Marie-Thérèse Hanaï mène à bien une lecture de l’incipit du roman où apparaissent des visions-rêves et des vies antérieures imaginées par Jesusa, incipit qui régit le développement ultérieur du récit, fonctionnant comme un résumé d’une vie de douleur et une tentative pour la transformer grâce à un processus de fictionnalisation.

À la fin du volume le lecteur trouvera une bibliographie pour chaque auteur qui réunit toutes les publications citées dans les articles.

Tous mes remerciements vont à ma collègue Caroline Lepage pour son dynamisme et ses relectures patientes et minutieuses du volume. Je remercie également des jeunes chercheurs : Sofía Mateos pour avoir préparé la mise en page et organisé la bibliographie ; Enrique Martín Santamaría pour la réalisation de l’affiche et de la couverture ; Victoria Ríos Castaño pour la révision des traductions ; et Charles-Edouard Machet pour la mise en ligne du texte.

ERI

Contenu

Du côté de César Vallejo                                                                                                                              

Béatrice Ménard, La angustia del “ser relativamente a la muerte” en la obra poética de César Vallejo

Sandra Gondouin, Les figures féminines dans l’œuvre de César Vallejo                                                     

Fabrice Parisot, El mestizaje cultural en Los heraldos negros: mundo clásico/mundo andino (lectura  crítica de “Idilio muerto” y “Mayo” 

Du côté d’Elena Poniatowska

Isabelle Bleton, Réflexions sur la mémoire dans Hasta no verte Jesús mío, d’Elena Poniatowska 

Caroline Lepage, Récit, texte et paratexte de Hasta no verte Jesús mío

Marie-José Hanaï, “Ésta es la tercera vez que regreso a la tierra…”: Jesusa entre reina y lazarina (comentario del primer capítulo de Hasta no verte Jesús mío)

Bibliographie des ouvrages cités 

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